DU PLAISIR D’ÊTRE SEULE
Hello tout le monde !
Comment allez-vous en cette belle journée de printemps ? Les oiseaux chantent, le soleil brille, les gens planifient leurs congés d’été et moi j’essaie de faire le deuil d’une nouvelle année de jeunesse. J’ai eu 27 ans hier et jusqu’ici, tout va bien !
Mais ce n’est pas du temps qui passe inlassablement que je veux vous parler aujourd’hui, non, je veux vous parler du plaisir d’être seul(e) dans une société qui nous sur-sollicite.
Ma question pour vous est simple : quand avez-vous mangé seul en terrasse pour la dernière fois ? Quand vous êtes-vous installés seul dans un café pour bouquiner en sirotant un thé tranquille ? Quand êtes-vous allés faire votre shopping seul(e) pour la dernière fois sans avoir l’avis parfois non désiré de votre compagnon de dépense ? ou quand vous êtes-vous accordé le plaisir coupable d’aller voir ce film que personne ne veut voir avec vous, une formule gourmande à la main et personne pour commenter à côté ?
Il y a longtemps ? Il est grand temps d’y remédier. Être bien, seul, n’est à mon avis pas inné. Ça s’apprend. Et oui, il faut un peu de temps pour apprécier être en sa propre compagnie et n’avoir pour seul interlocuteur que son esprit ! Curieux non ?
Être seule, personnellement, je n’aimais pas du tout mais alors PAS.DU.TOUT. Très jeune j’étais toujours entourée, je m’incluais toujours à un groupe même pour ne pas y participer activement mais être physiquement entourée me rassurait, me faisait me sentir incluse, faisant partie de quelque chose de plus grand que moi et donc de forcément meilleur. On dira ici merci à l’adolescence et à la dépréciation personnelle qui va souvent avec. J’admirais les autres et ne m’aimait pas tellement (quel euphémisme).
A 20 ans, je m’envolais loin de tout, de mon « groupe d’ami » de ma famille, de tout ce qui faisait mon quotidien. Je ne faisais RIEN mais RIEN seule ! J’ai pour le détail, toujours partagé ma chambre, chez mes parents ou en colloc, je n’allais jamais à un endroit seule, même pour faire une course rapide, j’accompagnais sans cesse les gens faire leurs propres emplettes. Imaginez donc mon désarroi total quand je débarque dans une ville dont je ne connais rien avec le monde entier à découvrir autour de moi.
Il s’est alors passé un truc bien curieux. Loin de toute distraction humaine j’ai commencé à m’entendre moi. Mais littéralement. J’ai commencé à m’entendre parler, penser, réfléchir en continue puisque rien n’était là pour m’en empêcher. Au bout d’un temps, où ton cerveau chauffe bien comme il faut, j’ai commencé à écrire, à faire des plans de tout ce qui se passait là-haut. Je me suis octroyée du temps pour faire le tri de mes pensées mais aussi des gens et j’ai surtout découvert qui j’étais vraiment. Loin des gens autour de qui j’évoluais, loin des envies des autres que j’adoptais souvent, loin des passions personnelles et de ce que mon cercle trouvait beau ou pas, acceptable ou pas, faisable ou pas, ma voix à moi a commencé à s’exprimer. Elle l’a fait doucement d’abord dans mon intimité puis avec les autres.
Imaginez mon choc la première fois que je dis non à haute voix à un plan de soirée et que mes amis changent d’avis pour me faire plaisir.
Ça doit vous paraître bien bête de lire tout ça mais j’ai eu le déclic de ma vie : En appréciant ma propre compagnie et en donnant à mes envies une voix au sein de mon cercle social, je m’en suis retrouvée plus appréciée et plus respectée.
Il ne m’en fallait pas plus pour continuer sur cette voix. Et très vite, alors que la vie reprend son cours et que, vie de campus oblige, je me suis de nouveau retrouvée très entourée, j’ai ressenti le besoin de m’isoler fréquemment. J’ai eu envie de dire non à des soirées, de préférer aller siroter mon cappuccino seule face à la skyline de Hong Kong, de faire mes propres expos et mon shopping seule. Je n’en étais que plus heureuse de retrouver les copains.
Qu’en est-il du resto ? Vous vous êtes déjà fait un resto en votre propre compagnie ? Je vous assure c’est probablement le meilleur truc qu’il y a à faire seul(e). Une après-midi d’été chaude à New York et alors que j’attends Georges, mon ami chez qui je loge qu’il termine sa journée de travail, je suis affamée et j’ai vraiment la flemme de me prendre un hot dog que je vais avaler debout sous une chaleur écrasante pour avoir faim 5 minutes après.
Je passe devant une petite brasserie au menu alléchant. Je regarde à gauche et à droite comme pour vérifier que personne ne m’a vu entrer seule. La serveuse m’installe en terrasse « It’s a beautiful day I can’t let you eat inside ! » Mouais. J’aurai préféré la discrétion. Mais discrétion pourquoi ? Je ne connais personne ici, je m’en contre fiche ! Je n’avais ni bouquin, ni internet juste les gens, mon plat et moi. Et 7 ans après, j’ai encore ce repas dans ma case des meilleurs souvenirs de voyage que j’ai.
Vous vous doutez de la suite, j’essaie maintenant de m’octroyer des VRAIS restos seule. Pas un repas vite fait à la va vite entre deux rendez-vous, non un vrai date avec moi-même et un bon livre.
Et vous, que pensez-vous de tout ceci ? Est-ce-qu’on ne serait pas de meilleurs : amis, maris, femmes, soeurs, personnes tout simplement si on prenait un peu plus le temps d’être seuls, d’apprécier ces moments là, de s’accorder aussi de s’offrir à soi des moments de qualité sans toujours attendre qu’une personne passe ces moments là avec nous ?
La prochaine étape ? Le voyage seule, un petit weekend plaisir rien qu’à soi. Mais pour l’instant, j’aime trop les passer avec le chéri…
Tendrement,
J.
