Hello à toutes !
Voilà un article que je ne pensais pas publier pour plusieurs raisons : 1) il est toujours assez difficile d’avoir du recul sur une situation pas encore terminée 2) Je pense sincèrement que l’allaitement a été la chose la plus difficile que j’ai eu à faire de toute ma vie et je ne veux pas décourager les mamans et futures mamans présentes ici. C’est mon expérience, mon ressenti mais si ça peut aider à relativiser certaines difficultés alors il vaut peut être bien de vous partager mon expérience.
Disclaimer : bien sur ce que vous allez lire est MON expérience, elle n’est pas parfaite et ne constitue pas une vérité générale. Elle a surtout beaucoup évolué en 10 mois et si c’était à refaire avec un 2e bébé, ce témoignage m’aidera à relativiser beaucoup de choses que j’ai vécu et ressenti !
A tous ceux qui arriveront au bout… BONNE LECTURE !

AVANT L’ACCOUCHEMENT
Alors, en ce qui me concerne, l’allaitement a toujours fait partie de mon entourage, c’était quelque chose que j’avais vu faire depuis petite sans trop y prêter attention. Je savais que les bébés se nourrissaient comme ça, j’avais vu faire ma maman avec mes frères – un souvenir que je n’ai plus vivement en tête mais qui a dû rester en moi – j’ai vu faire mes tantes, bref je savais ce que c’était et j’ai été, tout au long de ma vie confronté à l’allaitement. Je n’en ai pas gardé des souvenirs très vifs mais c’était présent dans mon écosystème et je n’avais pas du tout un avis militant ni pro ni contre ça. C’était là, un point c’est tout.
Au moment de moi-même tomber enceinte, ce n’est un sujet que nous n’avons jamais abordé avec Ghiles. Il me paraissait tout naturel que j’allaiterai. Ce choix n’était alors pas du tout motivé ni par des raisons de santé, ni par une question de ressource, il n’était même pas un choix militant, il me paraissait juste logique.
Quand j’ai lu un peu plus sur le sujet, j’ai trouvé le tout complètement fou. Dire que le corps humain est bien fait relève vraiment de l’euphémisme. C’est juste FOU. Au delà de la logique, je trouvais ça beau et absolument extraordinaire de faire grandir son enfant, les premiers mois, uniquement avec ce qui pouvait sortir de mon propre corps. Justement, ce corps même en qui je n’ai jamais eu une grande foi, en qui je n’ai jamais fait confiance. Un corps qui a souvent été décrié par les Autres comme n’étant, ni bien proportionné, ni beau.. trop fragile, juste utile à me faire vivre un point c’est tout.
C’est d’ailleurs fou comme la grossesse a changé mon rapport de confiance entre mon corps et moi. Well… growing a whole human body in your womb can do that !
Mais voilà, un peu comme la grossesse et l’accouchement, j’y allais un peu à la one again et j’aurai pu, peut-être être mieux préparée.
A LA MATERNITÉ
C’est là que ça s’est un peu compliqué pour moi. Mon accouchement a déclenché une coulée automatique de colostrum. Je me souviens que je m’étais retrouvée complètement trempée. Sauf que je n’avais aucune idée de ce qu’était la tétée de bienvenue et que j’attendais bien sagement qu’on m’aide à mettre bébé au sein. Je suis restée plus de deux heures en salle d’accouchement avec la poitrine trempée, Eyden en train de me téter le cou et moi, complètement ahurie à attendre qu’on me donne un hypothétique « top départ ». J’ai accouché à 11h20 et suis montée en chambre à 15H30. Avant de monter, les auxiliaires ont fait une première tentative peu fructueuse. Elles n’ont pas insisté, lui ont donné un peu de lait à l’aide d’une seringue et on est monté.
La suite a été hyper difficile. Je m’étais toujours dit que si j’arrivais à allaiter c’était super mais si pour x raisons je n’y arrivais pas ce n’était pas grave. Je ne m’en voudrai pas et donnerai le biberon. Il n’y avait pas un ordre hiérarchique entre les deux méthodes dans ma tête. C’était le cas jusqu’à cette première seringue de lait. J’étais tellement mais tellement mais tellement mal. J’ai réalisé à cet instant que je tenais à allaiter. J’y tenais absolument. Avec le recul, je peux vous dire que le succès de mon début d’allaitement, je le dois à 10000% à l’équipe médicale de la maternité de Trousseau. Les auxiliaires de puériculture ont été extraordinaires, elles tenaient autant que moi à ce qu’Eyden allaite et elles mettaient tout leur cœur à m’aider. Parce qu’à partir de notre montée en chambre ça a été la guerre. Si bien que les premières semaines, ma poitrine est restée marquée des griffures d’Eyden. C’était un champ de bataille ! Toutes les personnes qui regardaient me demandaient ce qui avait bien pu se passer.
A chaque mise au sein, des hurlements, Eyden ne voulait pas, ne savait pas et moi je me sentais hyper coupable de ne pas avoir compris qu’il fallait que je le mette sitôt venu au monde. Du coup, je me suis mise une pression énorme qui ne m’a jamais vraiment quitté.
Ce qui n’a pas aidé sont la fréquence des visites le premier jour. J’ai adoré recevoir des visites à l’hôpital, vraiment trop adoré, mais on aurait peut-être dû commencer à en recevoir une fois l’allaitement mis en place. Bien sûr, Eyden voulait toujours téter quand il y avait du monde et mettre au sein son bébé devant 6 paires d’yeux ce n’est pas hyper facile.
Jour et nuit, j’appelais à l’aide, en vain. Une nuit, on a même menti sur le petit carnet de relevé pour que l’équipe ne lui donne pas encore une seringue de lait. J’ai dû lui donner un ou deux biberons je ne me souviens même plus trop qu’il prenait A MERVEILLE et j’avais peur qu’il ne sache plus comment faire pour téter bref j’étais une boule de nerfs hyper angoissée. Souvenez-vous en plus que je n’étais pas seule en chambre et vous obtenez une nouvelle maman au bout du rouleau.
Je me souviens de la première fois où il a vraiment pris le sein, le lendemain je crois de mon accouchement. J’étais si soulagée que sitôt que j’ai senti le colostrum aller vers lui j’ai fondu en larmes. Je pleurais de façon complètement incontrôlée, de soulagement, de nerfs…
Avec tout ce stress autant vous dire que la montée de lait je ne la redoutais même pas, je l’attendais comme le messi et elle a forcément tardé à venir. Honnêtement je ne me souviens même plus si j’ai eu mal ou pas, je sais que je serrais les dents quand Eyden tetait mais rien d’horrible qui m’empêchait de dormir.

LE RETOUR A LA MAISON
Ou l’enfer de la montre et de la balance. Ohlala… Les galères de l’allaitement n’étaient pas finies ! Déjà j’ai eu la SUPER mauvaise idée de vouloir tout noter : quel sein a été pris, combien de temps… NE FAITES JAMAIS ÇA !!!! Eyden tetait super rapidement, ne restait jamais plus de 5 minutes au sein avant de s’endormir. A la maternité on nous dit qu’ils doivent téter au moins une demie heure. Vous imaginez de suite le stress que ça me mettait. Ajoutez à tout ça que je n’avais pas bien compris le concept de l’allaitement à la demande. En fait les premiers temps ce n’est pas du tout à la demande, c’est TOUT LE TEMPS. Quand il est réveillé, quand il est assoupi, avant qu’il pleure, quand il pleure bref, TOUT LE TEMPS pour stimuler la production, pour répondre à son besoin de succion et les premiers jours j’ai plus mis une distance et considéré l’allaitement uniquement dans sa fonction nourricière, toutes les 3h bref j’étais à côté de la plaque à essayer de rationaliser quelque chose qui ne pouvait être rationnel.
L’autre facteur de stress a été la prise de poids très très très lente d’Eyden. Au départ, le peser toutes les semaines a été une vraie épreuve. Combien de grammes prenait-il par jour, avait-il récupéré son poids de naissance tout ça tout ça … Que des chiffres encore et toujours. Jusqu’aujourd’hui, c’est quelque chose que j’ai du mal à comprendre, on est tous différents, pourquoi nos bébés devraient répondre à la même logique de développement et surtout, j’avais l’impression d’être en procès tous les jours. Selon le poids sur la balance, soit j’échouais dans mon rôle de maman, soit je réussissais.
Eyden est long et fin. C’est comme ça et aujourd’hui je déculpabilise vachement mais il m’a fallu 6 mois pour en arriver là. Il m’a fallu du temps et surtout il a fallu que je comprenne et que je forme mon propre rapport à l’allaitement et surtout j’ai été globalement entourée que de personnes hyper positives par rapport à l’allaitement, de mon médecin à ma famille tout le monde était très déculpabilisant et optimiste. Ça m’a beaucoup aidé.
Est-ce que j’ai pensé à arrêter ?
Mais 1001 fois !! Ça m’arrive encore aujourd’hui. C’est comme tout. Je ne vais pas vous mentir, l’allaitement a des conséquences sur ma vie sociale, sur mon organisation. Aujourd’hui, avec la reprise du travail j’ai l’impression de gérer une petite entreprise laitière. Il y a des journées où la gestion des stocks et la production sont optimales et des jours où c’est plus difficile et où j’ai vraiment envie de me reposer mais je continue, par plaisir et aussi par obligation si je suis tout à fait honnête.
Comment gérer la reprise du travail.
Quand j’y pense aujourd’hui j’ai encore des montées d’angoisse. Penser à prendre le tire lait le matin et assez de contenants, aller s’isoler dans une salle que tout le monde peut ouvrir, les seins à l’air, à essayer de tirer assez de biberons pour le lendemain. Ne jamais sortir plus de deux heures sur mes jours de libre pour être avec mon tire lait et continuer de tirer assez de biberons pour le lendemain. Ne pas me séparer d’Eyden le weekend pour ne pas gâcher mes stocks de lait. Me précipiter à la maison dès que je pouvais pour allaiter et gagner un biberon pour le lendemain. BREF l’enfer haha. Enfin là je le vois comme ça avec le recul mais sur le coup j’étais juste en mode machine : tire, nettoie, compte, tirer, tirer, tirer, tirer.
Plusieurs évènements sont venus compliquer cette routine trop bien rôdée. J’ai eu plusieurs engorgements. A chaque engorgement son lot de souffrance et … sa baisse de lactation. Le dernier a particulièrement été marquant puisqu’il m’a poussé à complètement arrêter de tirer mon lait mais j’y reviendrai.
Mon tire lait a aussi rendu l’âme vers les 6 mois d’Eyden, je suis restée quelques jours sans tire lait et là aussi ça a considérablement transformé mon expérience. A chaque fois, je me suis accrochée jusqu’à ne plus savoir aujourd’hui comment arrêter !
Après mon dernier engorgement suivi d’une grosse crevasse qui me faisait saigner à chaque session de tirage, j’ai décidé d’arrêter…. De tirer ! Enfin décider est un bien grand mot, la nature a décidé pour moi. A force de voir 20 ml à peine de lait s’accumuler pendant des sessions de tirage d’une demie heure ou plus j’ai décidé qu’il en était assez. La vérité c’est que je suis épuisée. Un corps qui allaite, il faut le nourrir, souvent, de bons aliments, en prendre soin et combler l’énergie transmise à son bébé. Je n’ai rien fait de tout ça. Un allaitement, long, ça se prépare. Je l’ai peut-être trop sous-estimé. Aujourd’hui je me détache peu à peu par nécessité plus que par envie. Eyden ne tête plus que le matin et le soir les jours de boulot et à volonté quand je l’ai toute la journée mais je ne m’interdis plus de finir tard ou de rester flâner après le travail si je veux. Il est bien diversifié et prendra un bibi s’il le faut. J’ai besoin de nouveau de spontanéité et surtout de me détacher de cette angoisse présente : si je ne suis pas là pour lui donner la tetée, il ne m’aimera plus.… non pas du tout mais je dois le voir et le vivre pour redevenir un peu plus sereine, développer une nouvelle relation avec Eyden qui n’inclut pas forcément qu’il tête …
Les bons côtés ?
A me lire, on penserait presque que c’est la tannée d’allaiter. Bien au contraire mais le cerveau humain a ses défauts, il se souvient de façon vivide des traumatismes par protection ! L’autre vérité de tout ce que je vous ai raconté c’est que j’adore allaiter. Les premiers mois, c’est le bonheur total et la libération quand on sort. Je n’ai jamais eu de problème à allaiter Eyden dehors et je n’ai jamais eu de remarques en ce sens et Dieu sait que je l’ai fait partout, en marchant, en mangeant, dans l’avion, dans toutes les salles d’attentes, bref PARTOUT. Je n’y prêtais jamais vraiment attention, il a faim, je l’allaite point. Et qu’est ce que c’est pratique ! rien à prendre avec soi… Si on avait pu, on aurait passé les 6 premiers mois de sa vie sur la route à voyager tellement il n’avait besoin de rien d’autre que moi pas loin !
Même plus grand, c’est toujours en voyage que je me rends compte à quel point c’est génial d’allaiter. Quand Eyden est tombé malade sur le transit du retour d’Asie, la tétée était toujours là pour qu’il ne se déshydrate pas et qu’il continue d’avoir un minimum avec des câlins en bonus rien de mieux !
LA DIVERSIFICATION ET LIBÉRATION
C’est au moment de la diversification que je me suis sentie véritablement libérée de l’allaitement « contrainte ». Je ressentais tellement de plaisir à lui faire des petits pots et à le voir grandir avec autre chose que mon lait. Je ne saurais l’expliquer vraiment j’adoooooore le voir manger. Ce passage à la nourriture solide a participé au « détachement » d’Eyden, on avait une autre relation et surtout son besoin nourricier pouvait être rempli par quelqu’un d’autre que moi et ça a beaucoup joué dans la déculpabilisation. La journée il n’a plus de biberon et s’endort quand même seul à la sieste sans histoire. Il peut passer beaucoup de temps avec ses grands parents et c’est important pour nous, bref, il grandit et je le vis très bien. Paradoxalement cette facilité dans l’allaitement m’a poussé à continuer, toujours le matin et le soir avant de dormir avec tétées à volonté quand il est avec moi. Mais comme je vous l’ai dit, je ne m’interdis pas de partir en déplacement ou de travailler tard. J’ai commencé il y a peu à acheter du lait de croissance en prévision d’un voyage pro. Finalement le voyage a été annulé mais nous avons testé et de savoir que j’ai l’option encore une fois me rassure et bizzarement me fait prendre confiance dans la suite de mon allaitement.
Et papa dans tout ça
J’ai demandé à Ghiles son ressenti sur ces longs mois d’allaitement vue de sa position de papa. Donc à tous les papas qui peuvent nous lire voici ce qu’il m’a dit. Malgré les levers la nuit avec moi pour m’aider à mettre Eyden en position, les bains, les calins le matin seuls avec Eyden, Ghiles s’est senti complètement inutile les 4 premiers mois. C’est en tout cas ce qu’il me dit. Quand Eyden a commencé à avoir un vrai rythme et à avoir de longues périodes d’éveil à partir de ses 5 mois c’est là qu’il s’est senti impliqué de manière égale, encore plus depuis qu’Eyden est diversifé. Il dit aussi que développer une relation avec son enfant, c’est un travail de tous les jours, plus « complexe » quand bébé est accroché à maman mais pas impossible ! Il ne faut pas se décourager quand bébé pleure et ne demande que sa maman, le tour de papa va venir.
ET APRÈS 10 MOIS
Je ne sais pas où en serait mon allaitement sans le confinement. Initialement je m’étais fixé d’aller jusqu’à ses un an. Le rythme du travail s’étant beaucoup accéléré ces dernières semaines je ne pensais plus pouvoir tenir je me voyais sevrer lentement Eyden en gardant les tétées que je pouvais le matin ou le soir et en complétant petit à petit avec des bibis jusqu’à ce que ma lactation s’arrête doucement. Je ne sais pas combien de temps ça aurait pris. Le confinement a bien sûr tout changé ! Eyden est avec moi 24/7 donc l’allaitement est bien là et probablement même qu’on ira jusqu’à ses un an comme prévu!
Aujourd’hui, je n’ai aucun problème avec le fait que ça puisse s’arrêter, je sais qu’on développera un autre type de relation et je suis prête et confiante. Mais j’ai bien conscience qu’il m’aura fallu 10 mois pour en arriver là. Je ne vais certainement pas vous dire quoi faire dans une histoire d’allaitement mais je peux finir par vous donner quelques conseils :
- Faites vous confiance, la lactation est intimement liée à notre corps et notre mental puisque le lait est secrété par l’hormone du bonheur donc ladies… soyez heureuses !
- Sollicitez de l’aide, toujours et pour n’importe quoi. Quand on a mis Eyden dans sa chambre, le fait que Ghiles se levait pour aller le chercher et me le ramener la nuit c’était 70% de fatigue en moins !
- Ne faites que des choses avec lesquels vous êtes à l’aise que ce soit de continuer l’allaitement ou de l’arrêter et en vous laissez pas pourrir le cerveau avec des « moi j’ai fait, moi je te conseille ». C’est VOTRE CORPS personne n’allaite votre enfant à part vous, personne ne sait mieux que vous, même si la personne a allaité tout un village !
- Mettez sur votre liste de naissance des items liés vêtements d’allaitement, cape d’allaitement, coussin tout ça tout ça ..
J’espère que ce petit témoignage vous aura aidé et si vous traversez une quelconque difficulté surtout PARLEZ, il y a c’est vrai de très belles histoires d’allaitement sans soucis mais elles doivent vous motiver et pas vous découragez. Vous êtes merveilleuses ne l’oubliez pas !
