Des hasards du Destin.
Pendant que je marche vers chez Hugo, après avoir garé la voiture de mes parents partis en vacances, je savoure ma liberté tant attendue. Il fait si chaud en cette soirée de juillet, mes sandales claquent, ma robe vole au rythme de la brise chaude si tard après le coucher du soleil. Je m’aperçois sur les surfaces vitrées des commerces fermés. Je me souris, teint hâlé, tête haute, cheveux relâchés, bon, ça n’est pas si mal aujourd’hui!
Je suis contente d’aller le retrouver, Hugo est vraiment cool, et puis il me fait vraiment mourir de rire, un vrai coup de coeur rencontré à un concert deux semaines plus tôt. On parle de tout, on se charrie tout le temps. Son truc c’est le rap français à l’ancienne et ça le fait hurler que je ne connaisse pas mes « classiques ».
Il vient m’accueillir devant la résidence, tiens, c’est bizarre, il à l’air un peu tendu… le regard fuyant, il est distant.
« Kenza, il faut qu’on parle ».
« Ouais ok, qu’est ce qui ne va pas? » Mon coeur s’accélère, ma gorge s’assèche et mon regard s’évade. Putain qu’est ce qui ne va pas encore.. Lui en revanche s’adoucit, il me prend les main, son regard s’illumine. Ouf.. ce n’est peut être pas si grave. Et puis… il se met à parler
» Je préfère qu’on ait cette discussion tout de suite Kenza, parce que je t’aime beaucoup, vraiment, à tel point que je ne saurais l’expliquer mais je sais aussi que si on continue, on aura une super relation, l’une des plus belles mais je ne peux pas te donner ce que tu attends de moi et j’ai besoin de quelque chose que tu ne peux pas m’offrir. Je préfère qu’on s’arrête là. »
J’étais tellement concentrée sur ses paroles que je n’ai même pas remarqué que nous n’étions pas entrés, j’avais pourtant prévu des douceurs pour le film qu’on avait choisit pour la soirée. Le salop, il avait prévu son coup… Au bout d’un temps je ne l’écoute plus, si je suis honnête je ne suis même pas en colère, je le savais aussi, il a juste été vraiment mature sur ce coup là.
« Ok… » je finis par lâcher « on peut en discuter à l’intérieur? »
« Non… si tu entres, on repart de zéro et je ne me vois pas souffrir pour quelque chose qui n’a pas d’avenir ».
Waou, celle là je ne l’avais pas vu venir, il me laisse une bise au gros goût d’adieu, me raccompagne à la voiture. Il me lâche même une petite blague avant que je ne démarre. Et puis… Je hurle, je pleure, je le hais de me faire ça. Je n’avais pas besoin de lui, je ne le connaissais même pas il y a deux semaines. Pourquoi je suis allée à ce putain de concert. POURQUOI. Pourquoi je m’obstine à vouloir les changer, pourquoi je continue d’espérer que malgré nos différences, je finirai par trouver le bon, celui qui me fait rire, qui partage les mêmes valeurs que moi, la même foi… Mais ça n’existe pas bien sûr. Tout ce travail que j’ai fait sur moi ces 9 derniers mois n’a donc servi à rien. Si c’est pour me faire larguer avant même le début de quelques chose.
Cette nuit là, je dors si mal, je me sens si mal, perdue, honteuse même. Mon réveil sonne à 4h. Il faut se lever pour manger avant le premier jour du jeûne. J’ai les yeux encore rouges et gonflés d’avoir tant pleuré. Ces 9 derniers mois j’étais pourtant persuadée d’avoir été sur le bon chemin non? Je me suis rapprochée de Toi non? Je n’ai rien manqué, pas une prière, rien… Du coup quand je vois Hugo et que je ne demande rien, ce n’est pas TOI qui me l’envoie ? Je finis d’avaler à contre coeur mes dattes et ma compote, ce n’est pas grand chose mais sans ça, je sais que je ne vais pas tenir au boulot le lendemain.
Je retourne me coucher avec cette pensée profonde : « S’il te plait, si je suis sur le bon chemin, sur TON chemin, envoie moi quelque chose, n’importe quoi, un signe, une lumière, n’importe mais j’ai besoin de savoir que je ne suis pas complètement paumée ».
Au boulot, je finis par oublier un peu Hugo, en même temps, personne ne le connaissait, ça aide…
Quelques jours après mon directeur m’appelle en urgence « Kenza s’il te plait accompagne Sarah sur son activité plein air, le stagiaire ne s’est pas levé ce matin ». Et puis quoi encore, je n’ai même pas prévue de sortir, pas de baskets, pas de tenue de sport. Oh et puis merde je les encadre juste, déjà que je dépanne il va pas me faire chier en plus.
Dans la voiture je bougonne, je n’ai vraiment pas envie d’être là, j’ai faim et je n’avais pas prévue de faire du sport, je laisse Sarah tout gérer et moi je traine derrière avec les jeunes dissipée, je fais voiture poubelle.
C’est quand le groupe s’installe que je le vois. Il vient nous dire bonjour et nous sort son plus grand sourire, un sourire sincère, doux. Lui est plutôt grand, discret.. « Alors les filles, on est prêtes ? » Il sourit jusqu’à ses yeux vert/miel qui brillent. Coup de poing. Je n’arrive pas à le quitter des yeux, je suis.. hypnotisée.
Je ne l’attendais pas et pourtant c’est vrai je l’ai demandé. Il est entré dans ma vie sans prévenir, sans demander la permission, il s’est imposé comme une évidence. Oh comme Hugo m’a paru loin. Dieu ne m’avait pas abandonné, il me montrait une dernière fois ce qui ne m’était pas destiné pour apprendre à accueillir mon Destin, le vrai, au détour d’une rencontre faite au hasard.
C’est avec lui que j’ai compris à quel point ces mois difficile ayant précédé sa rencontre à me déconstruire de bout en bout et réapprendre à m’aimer ont compté dans notre histoire. Ce n’est qu’en se connaissant, en s’acceptant, en connaissant sa vraie valeur et ses vraies priorités qu’on peut accueillir dans sa vie la personne qui nous complète. Il n’y a ni âge ni ordre et on a le droit de se tromper dans ce processus.
A toutes les âmes seules, je suis avec vous, continuez de vivre pour vous, votre moitié n’attend que de vous rencontrer.
Ce texte, je le dédie à l’amour de ma vie qui m’a sauvé de plus qu’il ne le pense mais aussi à toutes mes soeurs de coeur qui ont été déçues, trop souvent et qui finissent par penser que le problème vient d’elles. Vous n’êtes pas à blâmer. Tant que vous restez fidèles à vos valeurs, vous n’avez pas à garder dans le coeur les conséquences des comportements de personnes qui ne vous ont jamais mérité.

Magnifique ! Les larmes aux yeux 💖
Ohhh c’est trop gentil ♥️♥️♥️