Les Chroniques du Ramadan #8

Bonjour à tous ! 

On nous a dit un demi milliard de fois qu’on ne pouvait pas savoir où on allait si on ne savait pas d’où on venait. Et si derrière toute cette démagogie, il y avait un petit bout de vérité ?

J’en reviens (encore et toujours) à mes parents. Pendant longtemps je n’ai jamais osé demander « pourquoi, comment, est ce que c’était facile, pourquoi ici et pas ailleurs, vous auriez fait les choses différement si vous aviez su? ». Bref, tout un tas de questions sur leur vie à eux, leurs choix pour eux, pour nous, leurs envies, leurs regrets aussi.

Je n’avais jamais osé parce discrétion est le maître mot de mes parents. Moins on en dit sur soi, mieux on se porte et quoi qu’il arrive, il ne faut pas discuter les décisions, elles sont toujours prises pour notre bien même si on ne le voit pas de suite. J’ai donc grandi avec cette idée que mes parents avaient une clairvoyance incroyable dans l’avenir et que c’était un peu injuste parce que je méritais aussi peut-être de me tromper un peu.

A ce sujet, mon père m’a dit un jour et bien plus tard « Elever des enfants est probablement la chose la plus difficile au monde, il faut essayer de doser justement ce qu’on veut leur transmettre sans les accabler de nos propres déceptions ou traumastimes, avec des valeurs ou des acquis qui seront peut-être désuets tout en les préparant et en les armant à vivre dans un monde qui n’existe pas encore, dont on ne connaît donc pas les règles« .

Aujourd’hui, quand on en discute assez librement, ils me disent la même chose : « on ne savait pas tout à l’époque même s’il fallait qu’on fasse comme si, on ne pouvait pas se permettre d’être faillible. Mais tout le monde l’est et comme tout le monde, il a pu arriver que l’on se trompe, on a fait de notre mieux ». Et je sais que c’est le cas de l’immense majorité de nos parents. Immigrés ou non, unis ou pas, ils ont fait de leur mieux.

Du coup, comme le dictat du silence mais à vrai dire c’était celui de la protection « On a voulu vous laisser le choix, grandir en appartenant à ce pays, apprendre votre culture et vos racines c’est vrai mais ne jamais vous les imposer » est terminé, je rattrape ces 3 décennies en posant toutes les questions qui me viennent à l’esprit et je vous le dis ici en avant première. Si jamais un jour, j’écris un livre, ce seront les histoires que mes parents m’ont raconté qui y figureront pour sur.

Plus que des histoires, j’ai appris à les connaître à travers elles, à comprendre certains choix qu’ils ont fait, certaines craintes qu’ils avaient.

  • Comment, lorsqu’on a été pris à parti et presque chassé de son propre pays pour ses idées de liberté, accepter qu’on s’expose gratuitement aux sentiments et aux récupérations de tous sur les réseaux sociaux ?
  • Comment, lorsqu’on a mis près de 40 ans à construire quelque chose à son propre nom, sur un petit bout de terre, comprendre et accepter que ses enfants dépensent sans compter dans des denrées périssables comme si demain était une certitude.

Je sais que dans ces petits exemples et beaucoup d’autres, vous vous reconnaissez aussi et c’est aujourd’hui avec beaucoup de recul et de tendresse que je repense à certains échanges durs, houleux à essayer d’imposer MA vérité sans comprendre que la réaction qui m’était donnée en face, provenait elle aussi, d’UNE vérité, juste différente.

Aujourd’hui, tous nos coeurs sont apaisés. On a appris, d’une part et d’autre à  se dire « on est pas d’accord mais je t’aime quand même », « Peut être as tu raison, mais je n’arrive pas à le voir encore, laisse moi un peu de temps et attendant, accompagne moi mais ne m’interdis pas ».

Tous ces petits verbatims sont tournés vers l’acceptation de la différence d’opinion, vers le respect et la tolérance tout en soulignant qu’on peut être différents et s’aimer quand même. On peut avoir quelqu’un qui, à nos yeux, fonce dans un mur et ne pas rompre les liens  pour autant. On se doit, d’être dans la demie-mesure et toujours dans la bienveillance. On ne sait pas quand on sera nous mêmes en train de foncer dans ce mur et il me semble bien utile qu’on soit dans ce cas, entouré, plutôt qu’abandonnés… non ?

Voici le petit bout de réflexion pour ce soir, entre générations passées et futurs. Adoucissons les tensions antérieures si ce n’est pas encore fait.

En attendant la chronique de demain,

Prenez soin de vous ♥️

J.

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