5h45 le réveil sonne, à tâton et à moitié endormie, je l’éteins vite vite vite. Ouf, Eyden ne s’est pas réveillé, si je la joue bien, j’ai un petit quart d’heure devant moi pour prendre une douche et peut être même lancer un café avant la longue tétée du matin.
Sur la pointe des pieds comme un ado qui a fait le mur je descends les escalier en priant très fort pour qu’il ne se réveille pas. J’ai une petite pensée pour toutes les fois où je me suis levée en pleine nuit chez mes parents pour aller fouiller dans le frigo en essayant de ne pas me faire prendre. 15 ans après, même histoire sauf que je me cache de mon fils !
Il finit par me faire ses petits cris de faim quand j’allume ma Nespresso, bon, il va pouvoir attendre 30 secondes ! D’ailleurs, Ghiles est déjà allé le chercher. Je sens bon, j’ai les cheveux propres ET j’ai réussi à boire une gorgée de café chaud avant de prendre Eyden dans mes bras. Ça va être une super journée! Bah quoi, il en faut vraiment peu…
Ce matin je prends mon temps mais je finis TOUJOURS pas courir : préparer ma lunchbox, ne pas oublier mes copies corrigées sinon mes élèves vont encore gueuler, prendre le chargeur de l’ordi, mes petits sachets de tisane, un mug et surtout de la monnaie pour les cappuccino dégueu de la machine mais il me faut bien ça pour tenir toute la journée !
7h : je démarre la voiture, le morning de swigg comme tous les matins, les seuls qui me font mourir de rire et à chaque coupure pub France info. Et comme chaque matin, malgré toute l’avance que je prends, il y a toujours des idiots sur l’A86 donc, j’arrive toujours ric rac. Passage au casier, 2e café de la matinée, il est même pas 8h, j’ai lâché pas moins de 30 « Helloooooow / good morniiiing » avant que mes 33 élèves la tête dans les chaussettes s’installent à leur place.
La matinée passe tranquillement, travaux de groupe, lecture de texte, parfois une interrogation, un exposé. A midi, j’appelle maman pour prendre des nouvelle de ma petite tornade. Sans faute, tous les jours, elle m’envoie une petite photo ou une vidéo.
Bien sûr comme c’est cliché mais que c’est vrai il y a toujours un ou deux gossips à rattraper à la machine à café ou devant nos casiers « mais arreeeete Jihed tu connais pas la meilleure » « Non mais dis moi ». Call me superficial mais j’adooooore, j’ai tellement peu eu l’occasion de rester longtemps à la même place que cette année je savoure, presque deux ans dans les mêmes couloirs et des collègues adorables. La salle des profs n’est finalement qu’une reproduction un peu plus (mais pas beaucoup) mature qu’une cours de récré pleine de mean girls, d’intellos et de gens qui se prennent un peu trop au sérieux. Moi je ris beaucoup toute la journée, la journée est trop courte pour qu’on prenne trop au sérieux les gossips de bureau non?
L’après-midi s’enchaine aussi, forcément un problème technique au moment de passer une vidéo et une petite improvisation quand je me suis retrouvée pour la énième fois devant une photocopieuse en panne. Bah, avec le sourire tout passe ! Parfois même que ça passe beaucoup mieux que quand tu bachotes une leçon pendant des jours…
En remontant dans la voiture, je sais que les idiots de l’A86 du matin seront toujours là ce soir… Je prends mon mal en patience et j’en profite pour passer des coups de fils important, d’autres moins !
Quand j’arrive enfin pour récupérer Eydoun, bien souvent, il s’en fiche ! J’en profite pour prendre un café chez maman tout en me plaignant de mes élèves, de mes copies, en énonçant de demi milliard de trucs qu’il nous reste encore à finir à la maison !
Cette journée et bien d’autres, me parait tellement loin après avoir passé près de 50 jours enfermés à la maison mais la narrer ici m’a fait beaucoup de bien. Retrouver du confort dans la normalité. On nous martèle depuis des jours que la vie ne sera plus jamais comme avant. Je pense qu’on a bien compris et, comme toujours, on s’adaptera. Je refuse néanmoins de mettre une croix sur « la vie d’avant ». Elle avait ses défauts : rythme trop effréné, tout allait trop vite tout le temps… Mais elle avait aussi ses bons côtés qu’on ne pensait jamais perdre : la spontanéité mais aussi la routine et certaines évidences : il n’y avait jamais de queue pour entrer chez Carrefour, l’essence était beaucoup trop cher et on ne réfléchissait jamais à deux fois avant d’inviter les copains à la maison.
Remémorez-vous vos petites journées d’antan, on ne sait pas quand, ni exactement comment mais on y reviendra un jour…
En attendant, prenez soin de vous,
Tendrement,