Et tout à coup, je n’étais plus seule dans mon corps.
Ce vendredi de mars, seule à la maison, à 3 jours de retard, je me dis qu’il est peut-être temps de savoir vraiment. Maintenant au moins je sais et maintenant je peux un peu me projeter. Est-ce-que cette grossesse était planifiée ? Non. Ai-je tout fait pour l’empêcher ? Non plus. Est-ce le bon moment ? Je suis assez aguerrie maintenant et nous le sommes tous vu la dernière année qui vient de se dérouler pour savoir que le bon moment n’existera jamais. Est-ce que cela veut dire qu’il ne faut pas planifier ? Bien sûr que non mais je sais aussi qu’en ce qui concerne la/les grossesses il y a plusieurs teams. La mienne c’est de plus ou moins laisser faire. Dieu sait mieux que moi.
Cette dernière année portait beaucoup d’espoir, j’avais trouvé ma vitesse de croisière, nous avions un super rythme avec Eyden, on aurait même pu/dû caler quelques voyages, beaucoup de sorties et de dates en solo et en couple. Oui mais voilà, au lieu de tout ça la vie nous a forcé à vivre les uns sur les autres pendant des mois, dur quand on est deux personnalités très indépendantes. Tout ça en plein déménagement/travaux/nouvelle vie et un bébé de quelques mois seulement. 2020 a été aussi dure que salvatrice, elle nous a aussi offert beaucoup de temps pour mettre les choses à plat. Pour passer du temps en famille, pour se créer des nouveaux souvenirs, matérialiser des envies et lancer de beaux projets.
A vrai dire, au fond, je pense que je me sentais prête à ce que notre famille grandisse un peu. Pouvoir offrir un frère ou une sœur à Eyden et nous sentir complets à quatre.
Car quelques soient les projections, quels que soient les projets, quel qu’était le futur, je sentais au plus profond de moi que la perspective d’une nouvelle grossesse serait de plus en plus réelle. Alors qu’elle débute au printemps, en été, en hiver, peu importe. Nous avons tous appris ces derniers mois que quel que soit le plan il ne tenait qu’à nous de le rendre parfait.
Quelque part fin avril.
Dans la vie, je n’ai presque qu’un conseil à vous prodiguer. Que vous vous sentiez à l’aise ou pas avec l’écriture, ECRIVEZ. Écrivez sur vous pour vous libérer l’esprit et le cœur et surtout pour pouvoir y revenir ensuite et apprécier le chemin parcouru, l’évolution de vos sentiments et le surmontage des obstacles rencontrés.
Le premier trimestre est sans nul doute celui qui comprend le plus d’ajustements physiques et psychologiques et le mien n’y a pas coupé…
Au-delà des maux de grossesse qui, même s’ils sont classiques sont d’une violence psychologique importante, nous avons cette fois-ci fait face aussi, à des angoisses et des imprévus que nous n’avions jusqu’alors jamais connu.
Je pourrais comparer mes deux grossesses pendant des heures et des heures. La comparaison est rassurante dans ce qu’elle rassemble et parfois terrifiante dans ce qu’elle dissocie. Les aversions alimentaires, plus nombreuses cette fois m’ont vraiment mené la vie dure. La fatigue, elle moins présente, m’a laissé un peu de répit et m’a permis de travailler, de me sentir utile, de me sentir vivante lorsque j’étais entourée. Mes sautes d’humeur, totalement absente pendant ma grossesse avec Eyden étaient bel et bien là. Vous savez, ce cliché de la femme enceinte qui se met à hurler pour un rien, à pleurer une seconde et à rire la suivante, qui, tout à coup ne semble plus supporter rien ni personne autour d’elle ? Et bien, c’était tout moi. Et vous voulez savoir un truc de fou ? Vraiment, on ne le fait pas exprès. Et non, on ne peut pas nous raisonner. Je vais aller encore plus loin, on se voit agir de la sorte et pourtant, impossible de s’arrêter.
A tout cela s’est ajotué un long moment de doutes. Je savais que ça existait mais pour Eyden je ne l’avais pas vécu alors c’était ma norme à moi. Pendant des semaines pendant ce premier trimestre, j’ai saigné, parfois beaucoup, parfois moins de façon complètement inexpliquée. A l’hôpital, on ne nous a rien dit de plus que cette phrase si clinique mais si vraie « ça arrive plutôt fréquemment, on ne sait pas d’où ça vient ça peut être indicateur d’une fausse couche comme ça peut être complètement bénin. Aucun moyen de le savoir immédiatement. De toute façon si la grossesse doit s’arrêter elle s’arrêtera, si elle doit continuer elle continuera ». Bonjour, au revoir.
C’est cet évènement sur lequel j’ai encore du mal à revenir tellement il est frais qui a précipité ma légère ? dépression de grossesse. Pendant longtemps je n’ai osé rien faire tellement il suffisait que je joue avec Eyden pour saigner, que j’aille une journée au bureau pour saigner, que je fasse les courses .. Bref vous avez saisi. J’étais terrifiée de tout et je suis vite devenue l’ombre de moi-même. Je me suis renfermée pendant des semaines, souvent seule dans ma chambre sans parler. Que dire de plus que « je vais mal, je me sens mal dans ce corps qui, normalement devrait encore me supportet et cacher mon mal ». Je vous ai publié des photos, joues creuses, teint terne, tristesse tout y est passé. Le ramadan, que je n’ai pas jeuné, a été une petite libération, les retrouvailles quotidiennes en famille m’ont aidé, à m’alimenter déjà car ce n’était vraiiiment pas gagné et que j’enchainais les épisodes de nausée et de malaises. Mais surtout à me resociabiliser un peu. Même si je parlais peu, le fait d’avoir des gens autour de moi me faisait beaucoup de bien.
Comme ce n’est pas suffisant d’aller aussi mal et comme on aime se rajouter des souffrances inutiles, j’ai beaucoup beaucoup culpabilisé de ne pas être heureuse de cette 2e grossesse pendant cette période. J’ai même fait une grosse séparation psychologique entre mon état et la réalité. Mes nausées et mon ventre (bien gros pour la période) me le rappelais mais je n’y pensais pas, je m’en suis vraiment séparé psychologiquement. Jusqu’à l’écho.
Le jour de mon écho de datation, j’étais préparée à tout sauf peut-être à ce qu’on me donne des explications et qu’on me dise que pour l’instant tout allait bien. Complication de début de grossesse plutôt fréquente apparemment, j’ai eu un hématome qui s’est formé assez tôt et dont les saignements se sont évacués. Pas vu lors de ma visite aux urgences, il a été repéré tout de suite par ma sage-femme lors de mon écho. J’ai pas mal lu ensuite que les femmes qui sont passées par là ont eu pendant un temps, puisqu’il n’y a rien à faire d’autre qu’attendre, un sentiment de grossesse entre parenthèse. Et c’est totalement le cas. Bien sûr, ton état ne change pas mais tu en es un peu déconnectée, comme pour te protéger en cas d’issue défavorable. Ça a été mon cas en tout cas et si je dois être honnête ça l’est toujours un peu maintenant. Je vais beaucoup mieux mais une partie de moi se protège encore. Le fait bien sûr que la grossesse soit encore discrète n’aide pas beaucoup, le ventre est là sans l’être… Aussi, alors que les rendez vous très espacés lors de ma 1ere grossesse m’allaient très bien, je ressens cette fois ci le besoin d’être un peu plus suivie, un peu plus rassurée. Je travaille beaucoup sur cette grossesse entre parenthèse mais je n’ai pas la formule magique.
Parlons-en de ce ventre. On lit et on entend partout qu’à la seconde grossesse, il sort très très rapidement. Avec cette grossesse c’est très particulier. Pendant tout le moment où j’allais très mal, je trouvais mon ventre extrêmement gonflé pour mon avancement, j’avais parfois le ventre de 4 mois alors que je finissais à peine mon 2e mois comme si mon bébé me disait qu’il était bien présent, là, qu’il existait.
Sitôt la première écho passée et l’assurance que tout évoluait dans le bon sens, bidou a rétrécit d’un coup et je me trouve plus ou moins au même stade que je l’étais avec Eyden à ce moment-là. Un ventre naissant il est vrai, mais sur lequel on ne s’attarderait pas dans la rue et qui ne me permet pas encore de faire la queue à la caisse prioritaire !! Ceci étant dit, j’ai très vite bazardé mes jeans et autres pantalons. Cette fois ci on veut du CONFORT et je compte bien en profiter pour habiller le bidou.
Les aversions, le sommeil et les changements physiques
Ce premier trimestre comme vous l’avez compris n’a pas lésiné sur son lot de surprises et d’inédits ! Mes aversions alimentaires sont trop nombreuses pour que je les compte mais je suis plutôt contente d’avoir dépassé le stade de la junk food à tout prix (qui avait duré tout le long pour Eydoun) et tant que ce que je mange est sans oignon (moi qui les adore) je saurai être très heureuse !
Le sommeil est une autre affaire. Vous le savez, je dors SUR LE VENTRE et j’ai du dire adieu à mon meilleur sommeil hyper rapidement ; suffocation, malaise, bref, heureusement qu’on a changé de lit entre temps (meilleure décision de la vie entière) et qu’il est confortable parce que je sais que le pire est à venir (et non je ne parle pas de quand bébé sera là parce que je pourrai ENFIN redormir sur le ventre !). J’attends encore avant de ressortir le coussin de grossesse et de commencer le jeu de tetris des orillers dans le lit parce qu’une fois qu’on commence, on ne s’arrête plus jusqu’à la maternité !
Quant aux changements physiques et biiiiiiien adieu mon 34, encore une fois haha. Dieu fait bien les choses quand même. Au plus profond de moi, et si je dois être honnête avec vous, je ne voulais pas retomber enceinte avant d’avoir retrouvé ma silhouette pré grossesse. Je ne parle pas de poids mais bien de silhouette. Etre à l’aise dans mes vêtements, ne plus être serrée dans mes pantalons bref, retrouver la jiji d’avant. Call me veine mais c’était important pour moi. Sans aucune privation et surtout sans sport il m’aura fallu tout de même le rééquilibrage d’Alexia Mori (les Alexiaschallenge) sur 5 semaines pour perdre les dernières graisses disgracieuses et la peau d’orange qu’il me restait… pour …. Retomber enceinte 2 semaines après !!!! Et à une période de l’année complètement opposée de la précédente en plus qui, je sais me fera vivre les choses d’une autre façon. Tout ça pour vous dire que les changements sont déjà là, la sédentarisation due au télétravail, le manque d’exercice, bref je sais que le chamallow que je vais être à la fin devra se bouger un peu mais je vous assure je ne me focalise pas dessus et moins que précédemment. Je n’ai pas d’attente, ça prendra le temps qu’il faut mais je sais que j’arriverai à ce que je veux. Présomptueux ? Non, mais si je n’y crois pas moi-même, qui va le faire pour moi ? En attendant je vends l’intégralité de mon dressing, je le remplace par des supers fringues de grossesse que je vais adorer porter et je repartirai à zéro après. On ne recule jamais, on avance toujours toujours !
Et le mood là ?
Il va mieux, j’ai toujours et j’aurai toujours, des jours avec et des jours sans. C’est évident, je l’accepte, mon entourage aussi (enfin j’espère haha). J’ai encore beauuuuuucoup de mal à réaliser qu’on sera peut être bientôt 4 mais vraiment ça reste une grande énigme pour moi ce passage de un enfant à deux. J’ai l’impression que rien ne peut arriver après Eyden. C’est bizarre à dire et je sais que ça s’en ira dès qu’il ou elle sera là mais je vous jure pour moi c’est encore inconcevable ! Ça vient peut être aussi du fait qu’on ne connaît pas le sexe encore donc plus de mal à se projeter.
En bref, cette grossesse a encore une fois bousculé tout ce que je pensais acquis, tout ce que je pensais maitriser. Elle me pousse dans mes retranchements et me terrifie autant qu’elle me comble. C’est sur ces sentiments très ambivalents mais réels, que je vous laisse, jusqu’à la prochaine chronique ou on parlera des essentiels, des tips pour l’entourage et surtout des nécessaires respirations qu’il faut s’accorder avant le chamboulement qui nous attend.