Tunisie 2021

Chroniques de vacances pas comme les autres

Voyager en temps de covid n’a jamais été aussi incertain que jugé que difficile que.. vous avez saisi. Voilà déjà une année que nous n’avions pas pris l’avion, une année où, croyant la situation terminée, nous trouvions à l’époque, irresponsable ou dangereux d’aller rejoindre les nôtres de l’autre côté de la Méditerranée. Il y a un an, la ville de laquelle je suis originaire était la seule ville du pays confiné, LA SEULE. Mais après une année difficile, un confinement strict de 3 mois et un surmenage psychologique complet j’avais craqué et …. Je n’avais pas regretté! Alors oui les embrassades étaient moins nombreuses, oui les discussions autour de la table étaient souvent redondantes mais un an après, il m’arrive encore de regarder avec nostalgie les vidéo d’Eyden qui courait de façon insouciante sur la plage et sautait dans toutes les piscines visitées.

En rentrant, on imaginait peu ce qui nous attendait et pourtant, 12 mois après, dans une presque dictature sanitaire qui nous dira bientôt de dévoiler nos états de santé à chaque lieu public visité, nous quittons enfin un quotidien devenu … je ne saurai pas le qualifier d’ailleurs, il est inconfortable, nous pousse à nous questionner, à sortir de notre zone de confort, la vraie, pas celle que nous nous étions imaginé. Bref, dans cette période inqualifiable pour l’instant demeurait la question suivante : partira, partira pas. Les billets pris depuis 3 mois, les papiers prêts depuis au moins aussi longtemps je me suis laissée portée par les facilités ou les difficultés qui se présentaient à moi. Je pense deux choses : on ne peut pas outsmarter la volonté divine et les actes valent par leur intention. Ainsi et non sans doutes, j’ai fermé mes valises ce matin et me suis dirigée vers l’aéroport, l’esprit léger mais ouvert à la possibilité du demi tour. 

Il n’eu pas lieu, du moins pas jusque’à notre arrivée sur le sol tunisien. Et quelle arrivée ! 

Je me souviens m’être réveillée ce samedi à Marseille et d’avoir vu le ciel bleu se voiler de blanc. Ce voile blanc n’a rien à voir avec un possible orage à l’horizon, il annonce au contraire des températures très, très chaudes et il m’a beaucoup rappelé le ciel du sud tunisien sous les températures caniculaires, les vraies de vraies, celles où tu as l’impression que ta peau cuit comme quand tu ouvres ton four et en sors ta pizza brulante. Tu vois la sensation? C’est exactement la même. La chaleur écrasante vient déposer un voile sur le bleu azur du ciel. C’est ce même paysage que j’ai retrouvé en sortant du terminal 1 vide de l’aéroport de Tunis Carthage. Mon père, chapeau blanc sur la tête, nous attendait, nous et nos 18 valises pour commencer la traversée de Tunis la verte.

En ce dimanche 25 juillet, Tunis est « confinée » ou plutôt Tunis est bloquée par des barrages aléatoires changeant au cours de la journée et incontournables. Les tunisiens ont l’interdiction de circuler sauf autorisation et parfois même en possession du graal, certains se voient confisqués les papiers de leur voiture et doivent l’abandonner sur le bas côté du rond point qu’ils ont osé braver. Je n’avais jamais vu Tunis aussi vide, même à 4h du matin avant d’y prendre un vol. Jamais.

Vous vous souvenez de notre incompréhension totale des mesures bidons des 10 et 30 km et les  railleries et contournements qui en résultaient ? Je ne vous mens pas, il me semblait impossible que, venant tout droit de l’étranger et dans un taxi pour rejoindre un point de destination dans la capitale, on puisse nous refuser l’accès aux routes. Et pourtant. Sans ménagement ni explication nous avons été déroutés sur deux axes différents avant de pouvoir rejoindre notre famille. Mesure dissuasive prend tout son sens alors et je prends conscience que vraiment, cette fois-ci le séjour ne sera peut être pas celui du passé. 

Tunis reste ma ville de coeur, j’y ai formé des habitudes loin de mes attaches familiales, toute seule, comme une grande. Bien sûr elle abrite certains membre de ma famille et je les retrouve toujours avec un énorme plaisir mais ses rues, ses quartiers renferment aussi pour moi des habitudes que j’ai créé et chaque partie de la ville fait raisonner une partie différente de moi. 

Cet été, j’ai besoin plus que jamais d’appuyer sur le bouton pause. C’est une première étape que de mettre 3000km entre mon quotidien et moi, s’en est une autre que de se forcer à profiter de l’instant afin de prendre, on l’espère, les décisions qui mapperont les prochains mois. C’est aussi grandir que de s’affranchir et de savoir s’écouter et écouter ses besoins. Aussi, après avoir passé quelques heures au sein de la famille à porter des condoléances et à compter les malades je savais qu’il me faudrait respirer un peu dans l’endroit le plus ressourçant du grand Tunis, la colline blanche et bleue de Sidi Bou Said. 

La route depuis Megrine Chaker était si fluide que les 48 degrés assez exceptionnels qu’affichaient le compteur du taxi se sont à peine fait sentir. Eyden le visage écarlate d’une chaleur à laquelle il n’est pas habitué s’est laissé allé sur le siège arrière en admirant les changements de paysage : d’abord le lac desséché puis la goulette, le palais présidentiel et sa mosquée majestueuse aux larges routes bien goudronnées de la banlieue huppée de Sidi Bou. La montée s’est faite en silence, pas un contrôle, pas une police et c’est dans un Sidi Bou désert que je me suis réfugiée dans un hôtel que je ne connais que trop bien. Je n’ai pas le goût de l’aventure cette année, et c’est en admirant les dégradés de bleu de la piscine, de la mer et du ciel que je vous écris ces quelques lignes.  Dans toutes ces tourmentes que l’on vit des étincelles font battre mon petit coeur. L’une est restée à Paris et se ressource différemment mais tout aussi bien en ce moment, l’autre n’a pas arrêté une seconde de courir, de sauter et de me câliner toute la journée, les yeux qui pétillent de ces découvertes qui n’en sont pourtant pas ! La dernière m’accompagne de son hoquet qui fait battre les parois de mon ventre à un rythme doux et régulier pendant que, couchant ces mots je me libère un peu plus chaque jour et laisse à la nouveauté. Bonne, mauvaise, triste, heureuse, incertaine, chaotique, douloureuse elle nous rappelle de nous raccrocher à ce qui nous fait sourire que ces éléments soient tangibles ou non, visibles ou pas.


Belle nuit à vous

Siidi Bou Said, 

Juillet 2021

Laisser un commentaire