Maman, regarde le ciel

Ce soir et dans le cahos du quotidien, alors que je sortais tout juste du bain de Lelou en essayant tant bien que mal de ne pas glisser sur un jouet sur mon chemin, Eyden qui, pour une fois mange seul, me lance sorti de nulle part « Maman, Yemma elle est où ? » et avant que j’ai pu lui faire une quelconque réponse il continue sur sa lancée « Elle est au ciel tout là-haut là-haut » Je m’approche de lui en cachant mes larmes  et je lui dis que oui il me montre alors le plafond puis la fenêtre « Regarde maman la haut Yemma elle est dans le ciel » Et il sourit. 

C’est la première fois depuis que ma tendre belle-mère est retournée à son créateur qu’Eyden aborde lui-même le sujet, succinctement, avec ses mots, sa compréhension. 


En arabe, le mot être humain « Inssan » (Inssane) possède le même radical que le verbe nassia «oublier » . Il est de la nature de l’être humain, d’oublier avec le temps, les épreuves de la vie. Bien sûr, le souvenir est toujours là, ce qu’on oublie et Dieu merci, c’est la douleur lancinante, celle que tu penses ne jamais surmonter. 

Il y a quelques temps et au terme d’une longue bataille, ma belle-mère est allée se reposer près de son créateur et chaque étoile que nous avons vu partir nous rappelle oh combien notre passage est éphémère, parfois doux, parfois dur et toujours incertain. La mort rappelle, elle fait mal, elle blesse autant qu’elle guérit parfois des histoires, des familles, des relations. 

Et alors, dans les yeux de sa chair et de son sang on comprend la perpétuité de la vie, on comprend son cercle, son renouvellement. Ils nous font tenir autant qu’ils nous rappellent l’absence qu’ils connaitront. Ils nous montrent la reconnaissance des moments vécus autant qu’ils nous font redouter les étapes importantes qui souligneront le vide. 

Alors en ce mois béni, en ces jours difficiles pour notre condition d’humain souvent privilégiés j’ai un souvenir doux et douloureux d’elle, debout jusqu’à la dernière minute, arrivant à table le dernier pain fait de ses mains à peine sorti de la poêle et mangeant à peine la succession de mets servis à table. 

La mort blesse autant qu’elle ne guérit. 

Mon texte, spontané, que je ne pensais jamais vous écrire vous est dédié à tous, que vous ayez, ou pas, des étoiles supplémentaires et chères à votre cœur dans le ciel. Si on ne s’habitue jamais vraiment à l’absence, si le poids dans le ventre est au moins aussi important que celui dans le cœur, on continue d’avancer, d’honorer les jours qui se présentent à nous. 

Ce soir, nos étoiles brilleront un peu plus fort et les sourires se mêleront aux larmes, demain, si Dieu nous permet de vivre, notre peine s’allégera un peu plus mais nos souvenirs resteront eux, intacts. 

Prenez soin des vôtres,

Jihed.

2 commentaires sur « Maman, regarde le ciel »

  1. J’ai le privilège d’avoir mes parents et beaux parents toujours présents à nos côtés. Mais j’ai très peur de la mort, peur de la douleur que ca engendre, peur de l’absence et du vide qu’ils laisseront. Même si je suis consciente que tout est éphémère ici bas, même si je sais qu’il est de notre devoir d’accepter la vie et la mort… Ton texte apaise énormément ❤️

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