Mon pire retour de vacances.

Hello la famille !

Comment allez-vous ? Cette année, je ne vous parlerai pas de rentrée ! J’ai décidé de prolonger un peu les vacances sur le blog, même si c’est pour vous raconter l’épisode le plus chiant/douloureux et traumatisant de mon été, on va juste faire comme si le mois de septembre n’était déjà pas arrivé au tiers #déni.

Throw back donc il y a exactement un mois : on est mercredi 8 août, je me prépare dans notre maison dans le sud de la Tunisie, mon retour à Paris est prévu pour le lendemain 4h du matin. Avant ça, je dois parcourir, pour la première fois, seule, les 460km qui me séparent de Tunis. Mes valises sont presque prêtes et je me dis que c’est un excellent moment pour aller me faire faire du « Harkous » sur les mains, les pieds et quelques endroits choisis de mon corps pour me faire la plus jolie possible pour mon amoureux que je vais enfin retrouver après 6 semaines d’absence.

Le Harkous, d’abord, qu’est ce que c’est ?`

Le harkous est une encre à base de noix de galle, de clou de girofle qui lui donne son odeur, d’encens et d’oxyde de fer. On le prépare dans un ustensile en poterie couvert , appelé zlîziyya. L’écorce de noyer est trempée dans de l’eau ; puis on presse l’écorce  ; le liquide est mélangé ensuite à l’oxyde de fer. On met le tout dans le vase et on fait cuire à feu doux pendant des heures. La fumée noire fixée sur le couvercle, est utilisée pour faire des points entre les sourcils et des grains de beauté sur les joues et on s’en sert pour entourer de dessins les mains et les pieds teints au henné.

définition trouvée sur  ce site là 

A cette recette s’ajoute aussi du Henné. C’est quelque chose que je vois depuis que je suis petite en Tunisie et qui sert à embellir la mariée et les filles de façon générale. J’en fais depuis que je suis petite donc, religieusement, tous les étés, parfois plusieurs fois. Le Harkous n’a donc rien à voir avec le « henné noir » dont on entend parler partout.

Pour rappel, le henné noir est du henné naturel (inoffensif quand le henné est pur*) auquel est ajouté du PPD, qui est un produit chimique toxique interdit en Europe  (sauf dans quelques coloration à une concentration très faible) destiné à rendre le produit plus noir et qui conduit très souvent à des réactions allergiques qui peuvent être violentes : eczémas, urticaire, oedème de quincke. 

*le Henné est un colorant végétal naturel extrait d’une plante. Pur et à 100% naturel, il est en principe inoffensif. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas provoquer de réactions allergiques si vous êtes allergiques à la plante dont il est extrait. Un test avant application pour une couleur ou un tatouage éphémère est donc conseillé, et surtout quand le produit est mélangé à d’autres composants.

Tous ces petits rappels et distinctions faits, que m’est-il arrivé ?

Ce mercredi 8 aout, je m’installe donc avec ma cousine chez une coiffeuse pour me faire « tatouer ». Tout se passe très bien. Mon dos, mon épaule, ma main droite, puis la gauche … tout jusqu’ici se passe très bien. Quand elle me dessine sur les pieds, je commence à ressentir un picotement sur les mains. Tout de suite, je lui demande si c’est normal, ma cousine le ressentant aussi. La coiffeuse me rassure en me disant que c’est tout à fait normal, c’est un type de Harkous qui provoque quelques picotements quand il sèche.
Bon, très bien. Quand elle attaque mon second pied, les picotements deviennent assez insupportables et, lui faisant part, elle me propose de me rincer les mains. Le contact avec l’eau me fait du bien. Je laisse d’ailleurs mes mains tour à tour dans l’eau car dès que je les sors, elles chauffent et me font très très mal.

A ce moment là, je n’ai aucune idée de ce qu’il est en train de se passer, je remarque juste que les bordures des dessins sont un peu rouges, mes mains chauffent (beaucoup) et tremblent mais je suis incapable d’identifier ce qui est véritablement en train de se passer : le Harkous qu’on vient de me mettre sur les mains a probablement été mélangé à un autre produit qui est en train de me brûler.

Comme je n’identifie pas, et les pharmaciens que j’ai vu immédiatement en sortant non plus, les symptômes de brûlure, je ne traite pas et essaie juste de placarder un sourire sur mon visage avant de prendre la route.

Deux heures après l’application, des cloques commencent à apparaître à certains endroits sous le Harkous. Là encore, je ne percute toujours pas. Pourtant ça me brûle pour de bon les mains et les pieds mais pas ailleurs (je ne supporte pas d’ailleurs d’avoir des chaussures fermées sur mes pieds).

C’est une après-midi couverte ce jour là (Dieu merci) et je prends finalement la route, les mains et les pieds sous la climatisation que je rallume aussitôt après l’avoir éteinte en sentant mes mains chauffer très fort dès que l’air frais ne souffle plus dessus. Et si j’ai la chance d’être bien entourée par ma famille et mes amis, ce jour là je suis et me sens bien seule. Affronter le retour, la route, les tocards qui ne savent pas conduire, l’avion et mes 40 kilos de bagages, c’est déjà pas facile et  je fais tout pour ne pas penser à mes membres qui me font souffrir et j’y arrive plutôt bien malgré les cloques qui se multiplient et grossissent jusqu’à mon atterrissage à Paris.

Je sais que vous avez probablement vécu la même chose, quand un truc va mal, généralement il est bien accompagné de merdes environnantes. Mais vous trouvez probablement une force dans l’adversité parce que même si on est pas physiquement seuls, personne ne peut se mettre à la place de quelqu’un qui souffre et c’est tout seul que vous gérez la douleur et que vous vous relevez.

Dans ma tête, mon mois d’août allait être et devait être la pierre angulaire de mon retour, mon appartement devait être fini en 10j max, j’étais prête à faire tous les gros trucs moi-même pour me sentir bien très vite et rattraper mes semaines d’absence. Une fois terminé, (j’avais même fait un planning par jour de ce qui devait être fait), j’aurai eu le mois qui restait après pour me préparer dans les meilleures conditions possibles à mes rattrapages. HAHA comme je me méprenais.

Les gens qui me connaissent bien savent qu’il est difficile de m’enlever quelque chose de la tête quand j’ai un plan fixe. Plus on me met d’obstacles, plus je me démène pour les surmonter, plus on me dit que je ne peux pas, plus j’ai la rage. Ok, c’est cool tout ça, mais c’est comment quand on se bat contre son propre corps? Parce que c’est exactement ce qui s’est passé et j’ai perdu lamentablement.

De retour, je suis vos conseils et je vais vite consulter. A Paris il fait beau et les rayons du soleil m’infligent une douleur sur mes cloques que j’ai du mal à supporter sans pleurer. Vous connaissez la suite après consultation chez le médecin : brûlure au moins au second degré, interdiction de s’exposer (too late for that one huh), antibiotiques, pommades et risque élevé d’infection.

Chez moi je suis seule, Ghiles travaille beaucoup et je pense qu’il, comme tout mon entourage, ne saisit pas très bien à quel point je souffre. C’est le revers de la médaille de jouer la forte que rien n’atteint. Très vite et peut être trop vite à mon goût on plaisante, on me raille et on se moque du fait que ce genre de choses n’arrive toujours qu’à moi et qu’avec les années je semble vraiment me surpasser dans les blessures avec les lesquelles je rentre de vacances. « Ça va on a compris tu es brûlée on ne va pas en parler 107 ans » est juste un exemple des choses qu’on a pu me dire.

De mon côté, ce n’est même pas ça le plus dur. Non, le plus dur c’est de trouver une position dans laquelle dormir après que la douleur m’ai complètement anesthésié en ayant les mains, les pieds, le haut du dos et une petite partie du buste brûlé. Le plus dur, ce sont les douches qui, même glacées et expresses me mettent en larme. Le plus dur, c’est de me faire à manger trois fois par jour pour prendre mes médicaments correctement. Le plus dur, c’est de tenir mon planning alors que le moindre frottement sur mes membres me donne envie d’hurler, parce que « ça va tu vas t’en remettre c’est pas si grave et dans trois mois on ira tous en Tunisie pour se faire tattouer! ». Le plus dur c’est d’avoir envie de faire mais de ne pas réussir, de ne pas pouvoir, d’avoir le corps qui ne suit pas.

Mais Jihed, pourquoi tu ne t’es pas arrêtée ? Pourquoi ne pas leur avoir dit qu’ils allaient trop loin avec leurs remarques, pourquoi tu n’as pas demandé de l’aide ? Ou pourquoi juste je ne suis pas rentrée chez mes parents pour me rouler en boule et pleurer et attendre qu’on s’occupe de moi comme j’ai eu 1000 fois envie de le faire.

Honnêtement, je pense que je suis têtue, que pour moi c’était admettre qu’ils avaient raison et je pense qu’une partie de moi avait envie de leur prouver que puisque j’étais seule, je pouvais le faire seule et puisque tout le monde semblait penser soit : que j’exagérais de me plaindre comme ça (ie que je quémandais de l’attention), soit, que quelque part, si j’avais demandé à me faire tatouer, c’était un peu de ma faute parce que je devais assumer les risques. Stupide … je sais.

Du coup j’ai arrêté d’en parler, je changeais de sujet quand on me demandait si ça allait mieux et je suis sortie. J’ai ravalé mes larmes quand je portais mes nouveaux meubles ou changeais les housses de mon canapé. J’ai placardé un sourire sur mon visage et ai bloqué la partie de mon cerveau qui me demandait de m’arrêter. Et ça a marché, pendant un temps. Mes cloques se sont affaissées, mon traitement a fonctionné, je n’ai pas eu d’infection (DIEU MERCI).

Mais vous le savez comme moi, quand on fait semblant, la vérité nous rattrape à un moment.

A force de laver mes mains et mes pieds, le produit, qui, tant qu’il était là me brulait, a fini par s’en aller. C’est là qu’en dessous des cloques et de l’encre j’ai découvert ma chair à  vif. Et même si ça faisait des jours que je savais que j’avais été brûlée, je pense que c’est ce jour là que j’en ai vraiment pris conscience. Et c’est là que j’ai pris un sacré coup au moral.

Physiquement pourtant, le pire était passé, je commençais à cicatriser, si bien que quand on me voyait on me félicitait de la cicatrisation visiblement rapide et on passait vite à autre chose. Sauf que si physiquement ça allait mieux, c’est mon moral qui, je le réalisais à peine, était à jeter à la poubelle.

J’aime me plaindre, de tout de rien, je suis une grosse râleuse, une fille sanguine, une vraie reloue. Tout ceux qui me connaissent bien vous le diront. Mais, je n’aime pas me plaindre de ce qui me touche vraiment, je n’aime pas qu’on ai pitié et des gens ont souvent utilisé des faiblesses personnelles pour me les remettre à la tronche du coup j’ai appris à me gérer seule. Dans le même temps, je n’aime pas froisser les gens, même quand on me fait du mal surtout quand je sais que ce n’est pas intentionnel. C’est pour ça que je n’ai rien dit pendant des semaines. J’ai laissé le temps faire

Au final et même si j’ai eu besoin d’écrire tout ça je n’en veux à personne, ni à celle qui m’a tatoué, ni à ceux qui m’entourent. J’ai tendance à penser – je me trompe peut être – que les gens ne sont pas médiums et qu’ils ne peuvent deviner comment réagir sans qu’on leur demande expressément de faire certaines choses ou d’arrêter d’en faire d’autres. Partant de ce postulat, on ne peut pas leur reprocher des défaillances. J’ai choisi de me taire, de dire que ça allait bien, de rire aux blagues. Je pense qu’ils découvriront, tout comme vous, à travers cet article, ce que j’ai vraiment vécu pendant ces quatre dernières semaines. Et je suis loin d’être parfaite, ce serait hypocrite de ma part de leur en vouloir quand j’ai surement dû, à des moments, faire preuve de défaillance aussi.

C’est pour mettre un point final à ce mois de déprime que j’ai choisi d’écrire cet article. C’est dans un esprit un peu cathartique que je clos ce chapitre encore bien marqué sur mes mains. Parce que quelle que soit l’épreuve : physique, morale, amoureuse, douloureuse qu’on peut, vous et moi, traverser à un moment dans la vie, il n’appartient qu’à nous, après s’être laissé le temps de ressentir tout ce qu’on doit ressentir de mauvais, de se relever. Il n’appartient qu’à nous de faire chaque jour un pas vers la guérison. Pas la guérison physique, mais celle qui enlève ce poids sur notre coeur. Ce pas là a toujours été pour moi d’écrire, de laisser ici et ici seulement tout ça et d’aller kick some ass dans la vie que j’ai laissé pendant trop longtemps se faire à travers ma fenêtre.

Pardonnez-moi donc pour ce texte inhabituel, peut être raisonnera-t-il parmi certains qui souffrent. Si c’est le cas, ouvrez-vous aux autres, à vos amis, je suis certaine qu’ils n’attendent que ça. Si vous ne voulez ou ne pouvez pas, sachez que je pense à vous et que je vous accompagne.

Bien sûr il y a pire dans la vie, bien sûr des gens souffrent beaucoup plus, plus longtemps mais chacun gère comme il peut.

A bientôt,

J.

L’état de mes mains et de mes pieds le premier jour, à mon retour.

Mes mains et mes pieds comme on peut le voir facilement sont gonflés, je suis sous traitement médicamenteux et je me tartine de crème trois fois par jour.

Quelques jour plus tard …

A force de rincer et de mettre de la crème, le produit s’estompe, on devine les traces rouges sous l’encre. Je ne suis alors plus sous antibiotique ni crème donnée par le médecin. Je vais commencer les pansements au miel de thym.

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Le 17 août, presque 10 jours après

toutes mes cloques ont séchés, le produit est parti, je découvre ma chair a vif en dessous. Ghiles s’agace qu’on m’ai « marqué au fer rouge ». Je continue les pansements au miel de thym. Mes mains piquent, me démangent mais le miel m’apaise mais en avoir les membres couverts est bien peu pratique…

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On est le 25 aout et psychologiquement je n’en peux plus. 

C’est le moment où mes mains vont beaucoup mieux, j’arrive de nouveau à porter mon alliance, j’hydrate avec du gel d’aloé Vera parce que le miel et la salissure qui va avec je n’en peux plus. C’est là où mon mood bascule malheureusement. Je me gratte violemment la nuit, mais les démangeaisons sont apparemment bon signe concernant la cicatrisation. Je prends sur moi.

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Aujourd’hui, un mois après, en vous écrivant l’article 

Voici l’état de mes mains, et de mes pieds aujourd’hui, un mois après. Les cicatrices sont bien là. Pour combien de temps? je ne sais pas. Je sais que je cicatrise mal donc probablement un bon bout de temps. Je m’y suis faite. Pour être honnête je n’hydrate pas ni ne m’en occupe ces derniers jours. Mais pour la première fois depuis un moment, elles ne sont plus douloureuses, elle ne me démangent pas et rien que pour ça, je suis reconnaissante. Aujourd’hui j’ai repris possession de mon corps et j’ai l’impression qu’il ne se bat plus contre moi. A moi de reprendre possession de ma vie maintenant.

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NB : pourquoi j’ai réagis aussi violemment à ce produit est vraiment un mystère. Ma cousine, présente le jour j et qui s’est elle aussi fait faire quelques motifs au Harkous n’a absolument rien eu. J’ai quitté la Tunisie moins de 24h après les faits et j’en suis reconnaissante aussi parce que j’ai pu me soigner ici, à 20 degrés de moins que là bas et je suis certaines que ça a joué en ma faveur dans mon processus de guérison.

Pour finir, je n’ai pas écrit cet article pour me faire parvenir des vagues de soutient. Pendant tout ce mois ci, derrière vos écrans, à prendre de mes nouvelles sans même me connaître, à me témoigner votre compassion, vous avez été absolument incroyables et m’avez touché à un point que vous ne pouvez réaliser. Et pour ça, je vous dis merci, en réalisant que ce n’est pas assez.

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