CHRONIQUE DE GROSSESSE #6 le jour où la grossesse a basculé…

Bonjour tout le monde !

 

Autant vous dire que cette chronique ci, je ne pensais pas l’écrire mais la vie nous rappelle souvent notre place et il me paraît important de partager ça avec vous.

 

Plus je pense aux évènements de ces derniers jours, plus ma foi dans le destin se renforce. Il y a de certaines lois des séries qu’on ne peux ignorer.
Reprenons depuis le début parce que vous devez probablement vous demander what the hell I’m talking about.

 

Fin de semaine, jeudi 21 mars,

 

La semaine est psychologiquement éprouvante. Physiquement, je tiens le coup. Au boulot je continue de passer près de 7h debout à m’égosiller mais je sens que je perds patience plus rapidement. En cours particulier et comme j’ai la chance de bosser la plupart du temps depuis la maison, je m’économise mais ce soir-là, je me souviens avoir eu besoin de vous et je vous écris sur Instagram pour parler congé maternité et arrêt de travail pour avoir vos retours d’expérience. Je ne vois même pas le temps passer, je lis, je vous réponds… Certaines d’entre vous ont travaillé jusqu’au bout, d’autres ont été arrêtées par leurs médecins bien avant, certaines se sont arrêtées pour leur congé pathologique (juste avant le congé maternité). De mon côté, je suis un peu perdue, comme je vous l’ai dit, physiquement j’ai l’impression que je vais bien, ou du moins que je « tiens » bien mais en même temps en faisant des journées de 12h parfois je me dis que ma fatigue n’a rien à voir avec ma grossesse, je me sens coupable de m’arrêter avant l’heure (alors qu’objectivement tout le monde s’en foue et/ou comprend) « juste » parce que je suis enceinte (le syndrome de l’imposteur peut aller jusque-là oui oui !).

 

Certaines d’entre-vous me racontent leurs expériences, comment les quelques jours parfois supplémentaires de repos leur ont changé la vie, les ont reconnecté avec elles même, elles ont eu du temps pour elles, pour écouter leur corps, pour faire complètement autre chose et se vider l’esprit avant que ce dernier ne soit accaparé par la nidation de fin de grossesse et puis l’arrivée de bébé.

 

00h30 mince, je me lève dans 5h30 et malgré tout, je suis incapable de prendre une décision.

 

Vendredi 22 mars

 

Levée 6h, départ 7h, une heure de route dans les bouchons plus tard j’arrive déjà complètement lessivée. Pour la première fois, au lieu de passer des heures debout à bosser, je m’assoie, je suis essouflée, les larmes montent sans raison apparente. Et là je me dis, Ok bien sûr, si je force, je peux finir ma journée mais est-ce-que c’est VRAIMENT ce que je dois faire ? J’ai toujours peur de décevoir, de manquer à mes obligations quand je m’absente mais quand je vais voir mes chefs pour leurs demander de partir plus tôt, ma tête devait en dire plus long que je ne le pensais …

J’ai un sentiment un peu bizarre, physiquement je sens qu’il se passe des choses mais je mets ça sur le compte d’un bébé très actifs depuis longtemps et de l’avancement de la grossesse, après tout je suis dans le dernier trimestre et c’est là que bébé grossit, prend de la place et que le tout devient plutôt inconfortable. Je ne suis pas plus alarmée que ça ! Et puis mes rendez-vous médicaux de la semaine qui arrivent me rassurent, on va bientôt revoir bébé et s’assurer que tout va bien. Il n’y a pas de raison…

Samedi 23 mars

Ce matin, je donne une formation en prépa, 3H pendant lesquelles, micro à la main je donne les derniers conseils aux candidats des concours. Là encore et pour la première fois, plutôt que d’arpenter l’amphi pendant que je parle, je suis obligée de rester adossée au pupitre et de parler lentement. Je me surprends même à perdre mon souffle entre deux phrases « Well excuse me I think he – pointing my belly – is going to make me talk slowlier.” Les étudiants rient, encore une fois je n’y prête pas plus attention que ça … Je passe l’apres-midi dehors avec Ghiles pour décompresser de la semaine et surtout respirer un peu d’air ! J’ai l’impression de ne pas être sortie au grand air depuis des semaines. Ça me fait un bien fou ! Le soir, on dîne chez des amis et à minuit c’est le combat pour ne pas s’endormir sur le chemin du retour. « C’est le contre-coup de la fatigue chérie » me dit Ghiles, il a probablement raison …

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Dimanche 24 mars

Je ne suis toujours pas au repos, ce matin c’est cours particulier mais je me réjouis déjà de passer l’après-midi avec ma maman et mes tatas autour d’un super brunch ! La journée se passe hyper bien, un peu de repos en fin d’après-midi après m’être pété le bide (ou du moins la place que bébé me laisse) je lézarde sur le canapé en bouquinant et je trépigne d’impatience parce que demain, on voit bébé pour l’écho du 3etrimestre et ça on l’attendait depuis des mois déjà !!

Lundi 25 mars

Ce matin, je me lève tôt, avec une liste de tâches qui s’allonge dans ma tête à accomplir avant de partir pour l’écho en fin d’après-midi. Sur insta, je vois passer un post sur le pessimisme et le fait que l’être humain a souvent du mal à accepter les moments de bonheur, beaucoup moins en revanche à accepter les malheurs qui lui tombent dessus… j’y réfléchis un peu, j’étais vraiment comme ça avant, à toujours guetter le moment où les choses se gâteraient pour moi ! Du coup, je vous demande vos retour sur la question en story et je passe la journée à lire vos réponses. Elles sont globalement dans le même sens, on ressent souvent de la méfiance vis à vis des évènements positifs qui peuvent nous arriver dans la vie le fameux « c’est trop beau pour être vrai » et on attend, patiemment que la fin arrive et on accueil les douleurs, les contre-coups comme des vieux amis… Je ne le sais pas encore à ce moment là mais toutes ces discussions vont terriblement me servir à analyser ce qui nous arrivera dans les heures qui suivent.

 

le timing et le destin ont parfois un drôle de sens de l’humour…

 

On petit déjeune avec Ghiles, fait rare les matins où il bosse ! D’ailleurs, il commence cette semaine son rééquilibrage alimentaire à l’air de prendre la chose HYPER au sérieux ! Je suis de repos au boulot du coup, je sors avec lui, lui liste toute la paperasse dont je vais m’occuper dans la journée et les petites affaires que je vais gérer. Je me sens super bien, productive et je coche une à une les cases de ma to do list. Les affaires de bébé qui étaient soigneusement rangées dans des caisses sont sorties et lavées. Pourquoi aujourd’hui ? Je ne sais pas mais un truc en moi enchaine les préparatifs, pourtant et objectivement, on a encore le temps. Je finis par sortir pour finir mes courses et je sens que quelque chose cloche mais impossible de savoir vraiment quoi, il y a un sifflement quand je roule, un courant d’air mais toutes mes fenêtres sont fermées. Bizarre… bon là encore, ça me sort vite de l’esprit.

Je finis par retrouver Ghiles, les affaires de bébés sont dans le coffre, toutes lavée, toutes fraiches toutes sèches et on se met en route pour l’écho. Pendant qu’on roule, Ghiles s’agite, et la première « merde » tombe. « Mais !!!! la voiture a été forcée t’as vu ???? »  Moi, complètement à l’ouest et bouche bée (et alors que ça fait des heures que je suis dedans sans avoir rien remarqué) je me retourne incrédule « quoiiiiiiiiii » comment tu peux savoir ? Voilà comment : une tôle complètement défoncée et pliée laissant un espace sur le haut de la portière (d’où les courants d’air…). Quand on finit par arriver à destination et que je constate les dégats coté passager, je suis sous le choc. Je ne suis pas du genre à m’attacher au matériel parce que ce n’est que ça « du matériel » mais cette tentative de vol ? effraction ? Les deux ? Je la vis mal, c’est comme si on était entré par effraction chez moi, cette voiture elle représente tellement de choses, et puis c’est mon outils de travail, c’est ce qui me permet d’aller gagner ma vie honnêtement et ça me rend malade qu’on puisse vouloir priver quelqu’un de ça juste pour … à vrai dire je ne sais pas pourquoi. Vous me direz à juste titre que les personnes derrière ces actes n’iront jamais penser qu’en forçant ou en volant un véhicule ils privent une femme bien enceinte de son moyen  de transport et de travail mais c’est ça qui me rend malade en fait ; qu’on soit dans une société si individualiste et cannibale qu’on ne se préoccupe aussi peu du bien être des gens. Ne parlons même pas de bien être juste qu’on ne laisse pas les gens en paix vivre leurs vie tout simplement ça me rend malade.

Si seulement c’était tout pour la journée… mais vous m’avez vous même parlé de la loi des séries donc allons y pour la vérification de cette fameuse loi !

Quand c’est notre tour pour l’échographie et qu’on a relativisé – un peu – ce qui nous était arrivé avec la voiture, on peut se concentrer sur notre petit bout. On revoit sa bouille, son cœur, ses jambes, ses bras, ses poumons … il fait maintenant approximativement deux kilos et je les sens bien ! Je dis au médecin que je le sens parfois bien en bas, elle confirme mon sentiment par les photos et après nous avoir détaillé pendant 30 minutes tout ce qu’elle voyait finit par être hyper silencieuse les dix dernières minutes de l’examen. En m’habillant je lui demande « Et du coup, tout va bien ? », elle ne répond pas de suite, attend que je sois installée et nous dit simplement « voilà ce qui va se passer, je vais vous expliquer et vous allez aller directement d’ici aux urgences de l’hôpital qui vous suit ».  Pendant qu’elle nous explique ce qui l’alerte, je reste complètement interdite, un peu abattue. Je ne comprends pas très bien ce qu’il se passe, mon col est raccourci à la limite du travail, j’ai des contractions et il faut juste aller vérifier que je ne suis pas sur le point d’accoucher.

 

Oui, accoucher.

 

On discute un peu avec le médecin, je suis une rationnelle, j’ai besoin de comprendre, vous le savez si vous avez suivi toutes les chroniques et là vraiment je ne comprends pas. Pourtant je me sens bien, enfin normale quoi pas si différente. Et là elle me demande « Prenez deux minutes pour réfléchir, rien n’a changé ces derniers jours ? Vous n’êtes pas plus fatiguée ? plus agitée ? Le ventre ça va ? » et là, tout me revient en tête : la question sous-jacente de mon arrêt de travailler ces derniers jours, ce sentiment de gêne un peu permanent, la fatigue psychologique, mon ventre qui se tend et dont je pensais que c’était des coups, le coup, lui réel, que j’ai mis à Ghiles cette nuit tellement la douleur a été lancinante mais dans mon demi sommeil j’ai presque oublié ». « C’est souvent un choc au premier abord, me dit-elle, mais après quand vous y réfléchissez, votre corps vous a lancé des signaux dont la signification ne devient évidente que maintenant ».  Elle n’a pas tort.

 

On prend donc le chemin des urgences tout en relativisant. Je sais pour avoir lu et écouté pas mal de trucs sur ce qui peut se passer, je sais ce que ma condition actuelle signifie et j’ai un rire nerveux en me souvenant que les affaires du bébé sont dans le coffre, lavées, prêtes et avec nous. Le courant d’air à côté de moi me gêne moins, au moins la voiture est là pour nous conduire. C’est déjà très bien. On ne doit pas s’attarder sur les causes, on doit chercher des solutions, vite penser à l’après.

 

Je n’ai rien à redire à la manière dont on nous a traité à l’hôpital : prise en charge rapide, équipe absolument ADORABLE. Une batterie de tests plus tard et quelques heures sur un lit en enchainant piqures, écho et monitoring on nous laisse repartir à la maison après avoir pris un protocole pour stopper mes contractions. Non, je n’accoucherai pas ce soir mais je suis lessivée et on finit par littéralement s’écrouler en rentrant à la maison. Bien sûr, l’équipe médicale m’arrête et si je ne suis pas alitée, j’ai pour consigne de vraiment ralentir – tout ce que je sais faire quoi IRONIEBIGTIME.

 

Et maintenant ?

 

Depuis lundi, j’ai du mal à savoir réellement comment je me sens. Je pense avoir un peu séparé dans ma tête les évènements et j’essaie de cocher le plus rapidement les cases de ma to do liste d’avant accouchement mais bien sûr et vous le savez, quand on met de côté ses sentiments et qu’on ne prend pas le temps d’accepter et de processer un peu ce qu’il se passe et bien ça vous retombe un peu en pleine figure. C’est ce qui s’est passé deux jours après complètement par hasard quand je revenais à la maison après mon soin du visage, j’étais en voiture et je me suis mise à pleurer de façon complètement incontrôlée. Je pense que je me sentais en partie responsable, j’avais l’impression que mon rythme un peu trop soutenu avait précipité ma mise en travail et mis en danger mon enfant… L’équipe médicale nous a pourtant prévenu, ils sont incapables de savoir à 100% pourquoi tout est arrivé aussi vite et à vrai dire le pourquoi n’a aucune importance et n’apporte pas grand-chose si ce n’est un sentiment de culpabilité et l’envie de me terrer au fond de mon lit pour ne rien faire. Et vous me connaissez, je ne suis pas comme ça. Mais j’ai pris le temps d’aller « mal », de réaliser que je n’avais peut-être (parce qu’encore une fois je peux très bien aller à terme) autant de semaines devant moi pour me préparer mais que la contrepartie était que nous rencontrerions peut-être notre fils plus tôt que prévu !

 

Et après…

 

Comme je vous l’ai dit au départ, un rappel de notre place insignifiante dans le cours des choses et de la vie est, de temps en temps, la bienvenue, au cas où on penserait qu’on est les rois de l’univers tu vois…

C’est aussi important d’être mis à l’épreuve de temps à autre pour se rendre compte de la façon dont on agit face à l’adversité, de nos ressources, de nos forces… On aura toujours des épreuves plus ou moins importantes qui nous mettrons au sol pendant plus ou moins longtemps et ça vaut pour vous aussi qui me lisez aujourd’hui. Dans ces cas-là c’est indispensable et vital de ne pas concentrer son énergie déjà diminuée sur les causes que celles-ci soient des personnes ou des faits mais bien sur vous et comment vous allez vous relever. L’important c’est de ne pas rester au sol.

Je vous laisse sur un énorme merci d’avoir passé un petit moment à me lire, à venir échanger avec moi et à être aussi présentes pendant cette aventure. Vous êtes des soleils, des bonheurs et de belles personnes.

A tout bientôt pour une chronique – enfin, si bébé se décide à rester au chaud !

J.

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